DSC_0176

Made in Romania,Roumanopolis

Pungesti, village rebelle contre le gaz de schiste

25 mai , 2014  

Pungeşti, un village de 3.000 habitants du nord-est, est le premier lieu d’exploration de gaz de schiste en Roumanie. Depuis octobre, les villageois vivent entre manifestations et résignation.

Le village est vallonné, perdu dans la campagne roumaine, à une vingtaine de minutes de l’agglomération de Vaslui. La route qui y mène est inégale, bordée de petites maisons, fermes et champs où travaillent les paysans. Il faut s’éloigner un peu pour trouver le site de forage investi par l’entreprise américaine Chevron.

La première maison est à 650 mètres à vol d’oiseau. Le périmètre d’environ 8.000 m2 est ceint de hauts grillages et fermé par un portail gardé. A l’intérieur, une société privée se charge de contrôler les véhicules autorisés à entrer sur le site. Côté route, un fourgon de gendarmerie et une voiture de police stationnent. Les forces de l’ordre font les cent pas.

Ce vendredi, le calme contraste avec les événements de décembre. Un millier de policiers anti-émeute avaient alors investi les lieux et délogé des opposants au forage installés dans un campement à proximité.  » Les autorités ont calmé les choses ces derniers temps, à cause des élections européennes dimanche, indique Constantin Paslaru, activiste venu de la ville de Iași. Le reste du temps, c’est une enclave, il y a jusqu’à 200 gendarmes dans la zone. »

Des forages sur 4.000 mètres de profondeur

Sur le site quasiment désert, un ronflement de moteur se fait entendre près de la tour de forage. Le 6 mai, Chevron a annoncé officiellement avoir lancé l’exploration. Avec des forages jusqu’à 4.000 mètres pour vérifier la présence du gaz avant de l’exploiter. A notre arrivée,  les forces de police commencent à s’agiter et décrochent leur téléphone. Un gendarme assis dans le véhicule braque une petite caméra sur nous, mais nous pouvons accéder aux abords de la zone librement.

Lorsque nous nous redirigeons vers le village, notre véhicule est stoppé par un barrage qui n’existait pas à notre arrivée. Des policiers et un gendarme contrôlent nos identités. Très courtois, ils répondent en français et notent frénétiquement sur un carnet tous les détails de nos papiers avant de nous laisser partir.

« C’est la première fois que nous manifestons »

DSC_0234Parmi les anti-Chevron, des personnes âgées comme Gheorghe Munteanu. (Crédit photo : Carole Blanchard)

Le village porte les traces de l’engagement des habitants. Dans les jardins, des drapeaux « Stop Chevron » sont accrochés aux arbres et les palissades portent des slogans contre le gaz de schiste. « C’est la première fois que nous manifestons, expliquent Elena et Marcela, mères de trois enfants chacune. Mais nous n’avons pas eu le choix, on nous a imposé ce danger à côté de nos maisons. »

Les conséquences écologiques liées à la fracturation hydraulique inquiètent les habitants. La méthode consiste à injecter à haute pression de l’eau et des produits chimiques pour libérer le gaz. Parmi ceux qui se sont engagés, beaucoup de personnes âgées, comme Gheorghe Munteanu, 81 ans. « Je suis né ici et je mourrai ici. Je veux juste que l’eau reste claire et la terre pure pour mes enfants« , dit-il, les larmes au bord de ses yeux bleus.

DSC_0216

« Nous ne voulons pas de fracturation hydraulique ». (Crédit photo : Carole Blanchard)

La pollution menace le mode de vie

A Pungeşti, le mode de vie est rudimentaire, certaines maisons n’ont pas l’eau courante et les sanitaires sont dans le jardin. Dans les champs, les hommes manient encore la charrue tirée par un cheval. « Les habitants sont des paysans, explique Zina Domintean, militante de Galati, souvent présente au village. Ils travaillent la terre et vivent de ce qu’elle leur donne. S’il arrive quelque chose, à cause de la pollution, ils n’auront plus qu’à partir s’installer ailleurs« .

Le sentiment d’abandon se fait sentir dans le village alors que les recours en justice s’accumulent. « Je n’ai plus l’impression de vivre dans un pays démocratique, assure Liliana, 40 ans et mère de deux filles. Je ne me sens pas citoyenne européenne, je n’en vois pas les avantages. »

Pourtant, dimanche, elle ira voter comme la plupart des habitants rencontrés ce jour-là. « Je garde un peu d’espoir même si nos dirigeants tentent de nous priver de nos droits, poursuit Liliana. J’irai donc quand même voter. » Les habitants de Pungeşti craignent que les choses ne s’accélèrent une fois le scrutin de dimanche passé.

 

, , , , ,


One Response

  1. Bance Martine dit :

    J’adore voyager avec votre équipe et j’apprends beaucoup. Merci ! et bravo pour tes photos !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *