Le peintre Maxim Liulca aime l'esprit collaboratif de la Fabrica

Showroum

La fabrique de Cluj qui fait renaître l’art contemporain

27 mai , 2014  

Une usine désaffectée de Transylvanie accueille un lieu d’exposition et de rencontres unique: la Fabrique de pinceaux. Cet immeuble de la banlieue de Cluj-Napoca est devenu une référence dans le pays, et un espoir pour la renaissance d’un art roumain malmené.

Au milieu d’une zone en pleine restructuration, où les usines en ruines laissent la place aux tours de bureaux, la Fabrica de pensule (« la Fabrique de pinceaux ») accueille sur trois étages six galeries et des ateliers d’artistes.

Les murs sont en béton brut, la peinture a coulé sur les planchers, et les vitres sont ornées d’une crasse invincible, vestiges d’années de travaux. Mais l’endroit reste propre, et la quarantaine d’artistes qui y tient son atelier a accès à l’eau courante et à l’électricité.

Daria Dumitrescu a été la première à envisager de s’installer dans la Fabrica, en y montant, en 2009, sa galerie d’art Sabot. Elle compte sur ses doigts : « Il n’y a que quatre collectionneurs d’art contemporain en Roumanie, assure-t-elle. Il serait stupide de ne compter que sur eux. Nous regardons vers l’international ».

Une vision partagée par Daria Pervain, de la galerie Plan B, qui considère elle aussi que le marché de l’art roumain ne se développera pas de sitôt. « Nous avons beaucoup de visibilité à l’étranger, mais très peu en Roumanie, constate-t-elle. Le modèle communiste où les artistes se retrouvaient en unions et présentaient des expositions communes a gardé son influence longtemps après la fin du régime« .

« L’Etat roumain n’a pas de politique culturelle »

A Cluj-Napoca, ville étudiante de 300.000 habitants, cité d’art et deuxième centre économique de Roumanie, la galerie Plan B a choisi la voie de l’art contemporain dès 2005. Plan B et Sabot sont désormais présents à des foires internationales majeures, comme la Fiac de Paris ou Art Basel, en Suisse.

Au troisième étage de la Fabrica, le dernier venu, Sorin Neamtu, débute l’accrochage de la prochaine exposition. Il choisit la couleur des murs, les préparant à accueillir les oeuvres d’une jeune céramiste autrichienne. Le peintre et directeur de la galerie Baril a une vision noire du paysage artistique roumain : « Les plus grands artistes des dernières décennies, comme le collectif Kinema Ikon, sont restés inconnus du grand public. L’État roumain n’a pas de politique culturelle. Les organismes privés qui financent la culture sont imprévisibles. On ne peut compter que sur nous-mêmes ».

Les galeries trouvent dans la Fabrica un moyen de communication unique: « Des envoyés du Tate Modern de Londres passent ici dans deux mois. C’est une chance unique de se faire remarquer, ce ne serait pas arrivé dans une exposition classique », se réjouit Sorin Neamtu.

Les places sont devenues chères

Maxim Liulca, un jeune peintre moldave de Transnistrie, s’est installé à la Fabrica l’année dernière, après avoir fini à ses études à l’université de Cluj. Donnant sur la face ouest du bâtiment, son atelier est une fournaise en cette fin d’après-midi. « Je peins de très grands formats, j’ai donc besoin de beaucoup de place pour travailler. Et cet endroit permet de montrer son travail. De plus, il y a une bonne collaboration entre les artistes de la ville », justifie-t-il.

La Fabrica est devenue à ce point une référence qu’il est impossible de parler d’art contemporain en Roumanie sans la  nommer. Face à ce succès, les places sont devenues chères. De jeunes artistes se sont installés à quelques mètres de là, dans une deuxième fabrique. Mais le travail y est difficile, sans eau ni électricité.

Le quartier change et le propriétaire pense à faire fructifier le lieu. En 2009, la crise économique l’avait poussé à accueillir des artistes. Les 3% de croissance que la Roumanie a connus en 2013 pourraient désormais le pousser à  augmenter sévèrement les loyers. Daria Dumitrescu ne s’en inquiète pas : « Le mouvement est lancé. L’art de Cluj a pris un bon départ à la Fabrica ».

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2 Responses

  1. Cazarres-Renouil dit :

    Où sont passées les couleurs? retrouverons nous les images dans le webdoc? (même question pour le Carol 53 à Bucarest)

    • Bastien Renouil dit :

      Bonjour Madame,
      Merci pour votre intérêt. Nous nous efforcerons de faire apparaitre le plus grand nombre possible de pinceaux.
      Bien à vous,
      L’équipe Newsroum.

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