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À Timisoara, trois théâtres pour promouvoir la culture européenne

27 mai , 2014  

L’un est hongrois, l’autre allemand, le troisième roumain. Les trois théâtres de Timisoara sont regroupés dans un seul bâtiment. Et autour de la même idée : la culture n’est pas une question de nationalité.

A Timisoara la cosmopolite, sur la place principale, s’imposent le théâtre et l’opéra national. Deux entités différentes pour une seule scène. Mais sur le côté du bâtiment de cette ville de l’ouest du pays, apparaît l’entrée de deux autres théâtres : un hongrois et un allemand. Là encore une unique scène, pour deux troupes et deux programmations.

Ancienne ville de l’empire austro-hongrois, Timisoara rassemble de nombreuses minorités étrangères. L’Allemagne et la Hongrie y ont un consulat, la France et l’Allemagne un centre culturel. L’endroit parfait où faire cohabiter deux théâtres en langue étrangère.

Tous deux programment des spectacles de tous les pays, traduits en roumain pour attirer tous les spectateurs de Timisoara. Objectif : conserver une trace culturelle des minorités historiques de la ville, tout en proposant une interprétation de pièces du monde entier.

Dans ce décor, le théâtre roumain ne cultive pas le nationalisme. Classique ou contemporain, il cherche à montrer par son programme qu’il s’inscrit parfaitement dans les courants européens.

Du théâtre roumain pour tous

La première troupe permanente s’installe au théâtre roumain en 1949, qui devient théâtre national en 1971. “Mais ce titre ne limite pas nos choix“, précise Codruta Popov, couteau-suisse du théâtre, chargée aussi bien de la programmation que de la construction d’une nouvelle salle.

Jamais elle n’a pensé à retirer des programmes les pièces hongroises ou allemandes, sous prétexte de la proximité des deux autres scènes. A l’image de Timisoara, Codruta multiplie les cultures : sa mère est allemande, son père roumain, son mari serbe, ses oncles hongrois … Le programme du théâtre “s’adresse à tous ces gens“, estime-t-elle. Nous sommes inscrits dans un projet européen, nous ne nous opposons pas aux autres cultures, nous formons au contraire un ensemble”.

Elle a eu l’occasion de mettre en application cette idée en participant notamment à un atelier européen de la traduction, basé à Orléans. Le théâtre a pu ainsi proposer des textes classiques et contemporains de toute l’Europe.

PopovCodruta Popov, devant la “Sala 2″, la nouvelle salle du théâtre national ouverte depuis quatre ans.

Créé en 1875, fermé puis rouvert en 1953, le théâtre hongrois est indépendant de son voisin roumain depuis 60 ans. Il est dirigé depuis sept ans par Balázs Attila, un Roumain de naissance qui a fait sa scolarité en langue hongroise.

Ce samedi 24 mai, pour l’ouverture de l’Euroregional theater festival Timisoara TESZT, il a programmé Wajdi Mouawad.  “Il est canadien, né au Liban, écrit en français. Et nous le jouerons en hongrois, traduit du français“, explique-t-il. Preuve qu’il ne se limite pas à la culture hongroise.

Du théâtre allemand par une actrice russe

Actrice au théâtre allemand, Isolde Cobeț soutient cette vision. “C’est notre regard qui donne à l’œuvre d’autres particularités, explique-t-elle. La langue allemande rend aussi les choses plus formelles, plus droites.” D’origine russe et roumaine, elle a passé toute sa scolarité dans des écoles allemandes.

Elle a donc toujours voulu travailler pour le théâtre allemand de Timisoara. “Il a quelque chose de plus, continue-t-elle. J’ai toujours trouvé qu’il me convenait mieux qu’aucun autre.

Il y a trois ans, le théâtre national a lancé toutes les démarches pour que Timisoara devienne, en 2021, la capitale européenne de la culture. Le verdict est attendu pour 2016.

(Crédit photos : Claire Martin-Delozanne)

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Claire Martin-Delozanne

Claire Martin-Delozanne

Partout dans le monde, le clavier est un peu le prolongement de mes doigts.

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